Briser le silence autour de l’IMG

Anne nous livre, à travers son témoignage, un choix difficile qu’elle a eu à faire, vingt ans auparavant. Revenir sur cet épisode de sa vie lui permet d’exprimer des émotions et ressentis encore enfouis. Anne aujourd’hui est une mère, épouse et grand mère qui a souhaité partager son expérience, son souvenir avec d’autres mamans qui ont été ou seront confrontées à faire le choix d’une IMG.

Fin mars 2001, Anne, 38 ans, apprend qu’elle est enceinte. Cette grossesse n’était initialement pas prévue ni attendue mais Anne et son mari accueillent cette nouvelle avec beaucoup de bonheur. Le début de la grossesse se passe très bien, mais Anne a comme l’intuition qu’il se passe quelque chose, elle n’est pas sereine quant au bon déroulement de sa grossesse.

La première échographie ne révèle rien d’anormal. L’examen qui consiste à mesurer la clarté nucale pour dépister les maladies chromosomiques confirme la bonne santé et le bon développement du bébé.

Par précaution, le gynécologue conseille à la future maman de réaliser une amniocentèse. En effet, à partir de 38 ans, il est souvent conseillé aux femmes de compléter le suivi de grossesse avec cet examen, qui aura lieu le 26 juillet 2001.

Le 16 aout 2001, pendant les vacances du couple, Anne et son mari reçoivent les résultats et découvrent une anomalie chromosomique. Un rendez-vous en urgence est alors pris , quatre jours après, chez le gynécologue.

Anne comprend tout de suite que son intuition était peut-être avérée.

Au cours de cet examen, le diagnostic tombe. Le fœtus est atteint de trisomie 21. Cette anomalie chromosomique qui repose sur le surnombre du chromosome 21 (un troisième chromosome 21 au lieu de 2), se caractérise par un handicap qui peut se manifester de manière très variable selon les personnes. Elle se traduit principalement par une déficience intellectuelle, des troubles de la croissance, une insuffisance musculaire ou encore des retards du développement psychomoteur.

La peur du handicap, la certitude de ne pas vouloir offrir cette vie trop difficile à un enfant, la peur de ne pas être à la hauteur, d’autant plus présente chez le père, a fait pencher la balance vers la décision la plus douloureuse de leur vie, celle de pratiquer une intervention médicale de grossesse, dite IMG.

C’est alors que tout s’enchaîne. Un nouveau rendez-vous est fixé pour le 22 août, soit 2 jours après la décision. Anne doit prendre sur place des comprimés et obtient immédiatement un rendez-vous avec un anesthésie.

Tout est extrêmement organisé, trop organisé, ordonné et minutieusement préparé alors que dans sa tête, l’angoisse et le flou règnent.

De retour à la maison, Anne est effondrée. Elle sera hospitalisée le lendemain.

Le jour suivant, à son arrivée à l’hôpital, le personnel médical se montre rassurant et à l’écoute. Le psychologue arrive. Anne se souvient de lui comme d’un homme extraordinaire. Il lui explique que les comprimés pris la veille avaient pour but d’arrêter le cœur de sa fille. Ces paroles sont très dures pour Anne qui s’effondre à nouveau. Il poursuit ses explications en évoquant le fait que les médecins ne pourraient pas réanimer sa petite fille, même si elle continuait à respirer en venant au monde, du fait de sa petite taille (21 semaines).

À partir de là, toutes les deux heures, Anne doit avaler des comprimés afin de déclencher l’accouchement.

À minuit, le travail commence. La péridurale est alors posée par l’anesthésiste, qui, dans les souvenirs d’Anne, était lui aussi, extrêmement doux et bienveillant.

L’équipe médicale lui pose une pompe à morphine qu’elle peut doser au gré de l’intensité de sa douleur ainsi que d’autres drogues calmantes, grâce auxquelles elle s’endort rapidement.

La douleur la fait sortir de son sommeil vers neuf heures. À 11 heures elle continue encore à souffrir mais se heurte à l’indisponibilité de l’anesthésiste. Le psychologue, en revanche, est près d’elle, il l’assiste et la soutient dans cette dure épreuve.

De 11h30 à midi, Anne est prise de nausées puis de vomissements très violents qui provoquent la naissance du bébé sur le lit de la chambre d’hôpital.

Anne ne peut se résoudre à voir le bébé qui est immédiatement emporté par l’équipe médicale, enroulé dans les draps blancs du lit. Le psychologue, après être allé voir le corps de son bébé essaie de convaincre Anne d’y aller à son tour. Il lui dit tendrement et avec toute la compassion nécessaire à ce genre de situations que sa fille est très jolie et qu’elle doit la voir afin de pouvoir faire son deuil.

Son mari, le père du bébé, refuse catégoriquement, mais Anne finit par accepter.

« Elle était magnifique et si petite. Je me souviens que son petit pied faisait la taille de la phalange d’un auriculaire. »

Durant les trois jours de son hospitalisation, le psychologue, toujours aussi présent et bienveillant, lui a emmené le corps du bébé. Cela faisait partie du chemin vers le deuil et la guérison. Anne a choisi de la prénommer Elisa.

Au terme du troisième jour d’hospitalisation, le psychologue est entré dans la chambre avec le corps du bébé aux bras et lui a dit: « voilà, c’est la dernière fois.», en ayant la délicatesse de les laisser seules, en tête à tête. Anne a beaucoup parlé à Elisa, a beaucoup pleuré, l’a beaucoup embrassée. Puis, elles se sont dit « au revoir ». Anne était anéantie.

Aujourd’hui, près de 20 ans plus tard, il est encore très difficile pour Anne de repenser à cette période, à ces moments, car ils restent gravés en elle, comme une empreinte indélébile.

Anne souhaitait à travers ce récit parler d’un moment difficile dans la vie de certaines femmes, confrontées à certains choix, à certaines périodes. Elle souhaite dire à celles qui ont vécu ou vivront cela que nul ne peut les juger, que c’est un droit fondamental pour une femme de choisir la maternité ou de ne pas la choisir. Même si la décision est très difficile à prendre et restera gravée dans la case des regrets ou de la culpabilité, elle forge la vie d’une femme, d’une mère. Anne soutient et comprend la peine de toutes ces mamans qui ont eu à faire ce choix difficile. En parler et le formaliser lui permet de continuer son dur chemin vers le deuil.

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