10 questions au Dr Marine Colombel

Médecin et auteure des livres «La méditation anti-burn-out», «Prenez les commandes de vos rêves» et «Mes petites routines méditation pour des journées plus zen” publiés aux éditions Marabout.

1) Vous êtes médecin spécialisée en psychiatrie et auteure de plusieurs ouvrages sur la méditation, le sommeil, les rêves ainsi que la prévention du burn-out. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours et comment d’un domaine médical, très scientifique, vous avez été amenée à vous intéresser à des techniques plus parallèles?

Effectivement, ces deux aspects m’ont toujours accompagnée dans mon parcours. Déjà, à vingt ans, pendant mes études de médecine, j’ai beaucoup utilisé la méditation à titre personnel pour gérer le stress et l’angoisse. Puis, j’ai commencé à l’utiliser également dans le cadre de la psychiatrie, au cours de mes thérapies pour soigner mes patients, notamment les patients atteints de troubles de l’anxiété.

De plus, je me suis rendue compte que de nos jours, les gens sont plus sensibles et intéressés par des méthodes plus naturelles, ils sont à la recherche de solutions alternatives aux traitements médicamenteux. J’ai donc développé cette approche au sein de mon activité et je suis devenue praticienne à l’hôpital Barthélémy Durand, à Etampes, j’accompagne des patients en situation de burn-out en utilisant la méditation mindfullness ou « en pleine conscience ». J’enseigne cette pratique à la faculté de médecine de Paris Sud et nous en avons même fait un diplôme qui connaît un gros succès auprès des étudiants.

2) Vous parlez de la méditation comme solution à l’endormissement. Vous dites que l’on peut améliorer la qualité de notre sommeil avec la méditation. Cette pratique peut-elle être transmise aux enfants et comment la mettre en pratique dans la vie quotidienne ?

Chez les adultes, la méditation permet de se recentrer sur soi, en laissant le passé derrière et le futur devant, se focaliser sur le moment présent et avoir conscience de tous les ressentis qu’on peut avoir sur le moment. Il faut savoir que la plupart des problèmes d’endormissement ont lieu à cause des ruminations. La méditation aide donc à se concentrer sur le présent et libérer l’esprit de toutes les pensées parasites. 

La pratique de la méditation peut être appliquée aux enfants dès 5 à 6 ans. En effet, toutes les expériences et les émotions ressenties pendant la journée peuvent altérer la qualité du sommeil et l’endormissement. On peut donc proposer à l’enfant des petites séances de méditation, le soir, avant de se coucher.

La durée de la séance varie en fonction de l’âge de l’enfant. Pour vous donner un repère, vous pouvez compter une minute de méditation par année de l’enfant, soit 5 minutes pour un enfant de 5 ans, 6 minutes pour un enfant de 6 ans etc. Pour adapter la méditation aux enfants, on peut introduire des métaphores. L’un des exercices, par exemple, peut consister à demander à l’enfant d’imaginer qu’il est un arbre. Il va essayer de se mettre dans la peau de l’arbre et ressentir les sensations du vent soufflant à travers ses branches et ses feuilles. Pour méditer, il faut avoir le dos droit afin de ressentir l’effet de la respiration dans son corps. Vous pouvez pratiquer la méditation en position assise ou en position couchée sans oreiller ou un oreiller très plat.

3) Dans votre livre « Prenez les commandes de vos rêves » vous parlez du rôle des rêves et de leur signification, qui est propre à chacun. Chez les enfants, l’endormissement et le sommeil sont très souvent dérangés par des cauchemars et des terreurs nocturnes. Pourquoi les enfants font plus de cauchemars que les adultes et comment les aider à prendre le contrôle de leurs rêves ?

Il faut savoir que tout le monde rêve, même si souvent les personnes ne s’en rappellent pas. Le rêve à un rôle physiologique pour notre cerveau. Aujourd’hui il n’y a pas encore de théorie scientifique officielle sur le rôle des rêves mais l’hypothèse la plus avancée réside sur le fait que les rêves permettent de réguler les émotions. Les rêves, autrement dit, permettent de « faire sortir » les émotions et de réguler la charge émotionnelle. 

Ce régulateur se situe dans le système limbique du cerveau, qui n’est pas encore mature chez les enfants. Ils auront donc plus de mal à réguler leurs émotions, auront tendance à les accumuler et les ressentir avec une intensité beaucoup plus forte que chez les adultes. Chez l’enfant, les rêves ou les cauchemars sont donc le résultat de toutes les émotions ressenties, accumulées et non régulées. Les rêves vont aller « piocher » dans les émotions et y associer des images.

4) De manière générale, en dehors de l’amélioration du sommeil, à quoi peut servir la méditation dans le quotidien des enfants?

La méditation dans le quotidien des enfants peut servir à plusieurs choses. En effet, la pratique aura toujours un effet de régulation des émotions, ce qui permet à l’enfant de mieux appréhender les situations qu’ils rencontre au quotidien. Cela va l’aider notamment dans sa gestion du stress et de la peur, cela va l’aider également dans la concentration et l’apprentissage. Le fait de se recentrer sur le moment présent, de savoir être attentif à ce qu’il ressent, de focaliser son attention sur une chose particulière lui permettra d’être plus concentré sur son activité. Son cerveau sera dans les conditions idéales pour l’apprentissage.

5) Dans votre livre « Prenez le contrôle de vos rêves,vous dites qu’il est important d’avoir des pensées positives avant de s’endormir. Quel est le lien entre les pensées positives et la qualité du sommeil?

En effet, il est très important d’avoir des pensées positives, surtout au moment de l’endormissement. Pendant l’état hypnagogique, c’est à dire, l’état de semi conscience entre le rêve et l’éveil, le cerveau est très sensible à la suggestion. Toutes les pensées vont s’imprégner. Il est donc très intéressant d’avoir des pensées positives à ce moment-là, par exemple, une phrase positive, le souvenir d’un bon moment, un encouragement etc.

Vous avez sans doute vécu, en tant qu’enfant ou parent, le fait de dire à son enfant de relire sa poésie avant d’aller dormir ou encore la mettre sous son oreiller pour mieux la retenir. Il ne s’agit pas que d’une recette de grand-mère, le cerveau s’imprègne plus facilement des sujets avec lesquels on l’alimente dans la phase d’endormissement.

6) En tant que médecin mais aussi spécialiste de la méditation, pensez-vous qu’il existe des pathologies directement liées aux émotions et comment les soigner ?

Certaines pathologies en psychiatrie sont directement liées à la gestion des émotions et des pensées négatives. C’est notamment le cas de la dépression et des troubles anxieux. La méditation va aider à prendre de la distance avec ses pensées négatives et à ré-apprendre à vivre au moment présent. En mettant notre corps, nos sensations, notre respiration au centre de notre attention, nous calmons les pensées et les émotions qui nous envahissent et luttons efficacement contre la rechute dépressive. C’est ce que l’on apprend à faire dans des groupes de méditation thérapeutique que le MBCT (thérapie cognitive basée sur le mindfulness), créés spécifiquement pour les personnes souffrant de dépressions récurrentes.

7) Vous avez dit que « la méditation se retrouve au cœur de nos cellules ». Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène?

Dans les années 90 à 2000, il a été découvert que la méditation agit au niveau de nos gènes en diminuant la destruction des bouts de chromosomes. La méditation augmente l’enzyme protectrice des chromosomes, la télomérase. En effet, avec le temps, les chromosomes qui composent les cellules se détruisent, ce qui a pour effet le vieillissement. Il est donc très intéressant d’intégrer la méditation dans notre routine quotidienne pour ralentir le vieillissement cellulaire.

8) Votre livre « prenez les commandes de vos rêves » montre que l’on peut décider finalement de quoi on veut rêver. Vous nous avez parlé également de notre aptitude à réussir davantage telle ou telle chose avec la méditation. Nous pouvons alors nous poser la question de la méditation comme un « outil de programmation » de nos schémas de vie, en particulier quand celle-ci survient dès l’enfance?

En effet, la question de la programmation de notre cerveau peut être soulevée. Nous vivons tous avec des schémas cognitifs. Ces derniers sont l’ensemble des interactions non objectives avec le monde extérieur. Chaque personne, en suivant ses schémas cognitifs, possède différentes grilles de lecture, différentes visions et interprétations du monde qui l’entoure. On a tendance à voir les choses qui renforcent notre schéma cognitif. C’est souvent le cas, par exemple, pour les personnes qui recherchent toujours le même genre de partenaires. Plus on vieillit, plus le schéma a du mal à se tordre, il devient rigide, même s’il est néfaste. La méditation va nous permettre de voir en dehors de ce schéma, et de réaliser que ce dernier n’est que le fruit de nos interprétations et non de la réalité. Chez les enfants il sera d’autant plus facile d’entraîner l’esprit à sortir de schéma, en valorisant les différences et élargir les perceptions.

9) Vous parlez de pensée positive, de libération des émotions. Il y a une émotion qui est omniprésente chez l’enfant et parfois même, chez l’adulte, il s’agit de la peur. Comment pouvons-nous travailler sur nos peurs et celle des enfants pour la faire disparaître?

Il faut savoir que la peur à son rôle dans notre sauvegarde. Elle est tout à fait utile. Chaque émotion à sa place et la peur existe pour nous éviter de nous mettre en danger. La peur ne pose donc pas de problème en soi. Elle devient problématique si elle se déclenche en toute circonstance et devient incontrôlable. Le moyen de travailler sur la peur est d’y faire face. Il faut avoir conscience de sa peur, l’observer, l’accepter,et se dire qu’on peut construire avec elle. Chez l’adulte on va donc pouvoir travailler sur la peur avec des méthodes d’exposition en direct. Chez l’enfant on va plutôt utiliser des techniques imaginaires, en lui demandant de décrire sa peur, par le dessin, des récits, des histoires…

10) Pour finir, pouvez-vous nous parler de votre prochain livre ?

Le prochain livre sortira fin 2021, toujours aux éditions Marabout. Ce quatrième livre traitera de la façon d’intégrer la méditation dans le quotidien. J’aborderai de nouveaux thèmes comme la méditation et la grossesse, la méditation chez les enfants mais aussi appliqué à toute dimension du quotidien comme le sommeil, l’alimentation, l’apprentissage ou encore les loisirs.

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