10 questions à David MARCHAND et Guillaume PREVOT

1) Vous êtes deux ingénieurs physiciens de formation. Guillaume, vous avez continué dans le domaine de l’astrophysique puisque vous travaillez aujourd’hui au CNRS, David, quant à vous, vous avez pris un virage et vous êtes devenu écrivain public, avant de travailler dans le social. Vous écrivez aujourd’hui à deux, vous spécialisant dans le domaine de l’enfance. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’écriture pour la jeunesse, un thème qui paraît finalement si éloigné du monde de la physique ?

La littérature jeunesse populaire a toujours eu une place importante dans nos vies. Nos lectures d’enfance nous ont construits ! Les J’aime Lire, par exemple. Mais aussi la bibliothèque rose et verte, ainsi quelques de grands classiques tout public.

Nous aimons écrire pour les enfants : ils ont beaucoup à nous apprendre. La fraîcheur de leur regard, leur curiosité insatiable, la nouveauté de leur approche : tout cela oblige dans l’écriture à être franc, à viser juste. D’ailleurs, nous sommes persuadés que les adultes devraient eux aussi lire des livres qu’on dit destinés à la jeunesse.

Pendant huit ans, nous ne voulions pas écrire sur les sciences et les sujets techniques : l’écriture de fictions avait notre préférence. Puis on nous a proposé l’écriture d’albums documentaires, on a essayé et ça nous a beaucoup amusé !

2) Dans « Le grand livre animé des sciences », vous expliquez aux enfants des phénomènes scientifiques. Comment arrivez-vous à susciter leur intérêt et leur curiosité dans un domaine où même certains adultes éprouvent des difficultés ?

En réalité, c’est très facile de parler de sciences aux enfants !A 5-6 ans, ils n’ont qu’un seul mot à la bouche : pourquoi ? Or, questionner est le fondement même de la démarche scientifique.

Quand on leur parle avec des mots simples, des notions très ardues peuvent être abordées avec les enfants. La difficulté, pour nous, a justement été de réaliser ce grand écart entre la justesse scientifique et l’accessibilité du discours. Pas facile d’expliquer ce qu’est une onde avec des mots compréhensibles des petits, sans dire n’importe quoi ! Voici ce que ça donne : « La matière est parfois secouée par des événements extérieurs. Cela crée alors une perturbation qui se déplace : ce sont les ondes ! ». Cette simple phrase a représenté beaucoup de travail, et des semaines de discussion avec des spécialistes scientifiques et des enfants.

Dans le grand livre animé des sciences, il nous a paru naturel de nous appuyer sur le fait que la physique est la science de l’expérimentation. D’où l’utilisation des animations papier pour une lecture active. L’enfant peut manipuler chaque page pour saisir le monde autour de lui : des languettes à tirer, des volets à soulever, des roues à tourner…

3) Dans votre livre «L’aéropostale, le courrier doit passer » vous abordez les débuts du transport aérien de courrier. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette histoire tout aussi scientifique que poétique ?

Après « Mission Lune » qui retraçait l’aventure qui a conduit les humains sur la Lune, nous voulions écrire un nouvel album documentaire. Notre maison d’édition, Milan, est installée à Toulouse, capitale de l’aviation française. Raconter l’incroyable histoire de l’aéropostale nous a paru une évidence.

L’aéropostale, c’est avant tout le récit d’une élévation collective. Cette aventure, au tout début de l’aviation, qui pourrait sembler technique, est avant tout humaine ! Savez-vous que l’un des aviateurs, Guillaumet, dont l’avion s’est écrasé dans les Andes, a marché pendant cinq jours et cinq nuits, seul, dans la cordillère des Andes ? Savez-vous que les avions de l’Aéropostale volaient par deux, au-dessus du Sahara, pour qu’en cas de panne de l’avion transportant le courrier, l’autre puisse le secourir ? Pourquoi prenaient-ils tant de risques ? Pour transporter du courrier. Parce que, disait l’un d’eux, parmi les milliers de lettres transportées par chaque avion, il y en a au moins une qui mérite d’arriver. Une lettre qui changera une vie.

Dans notre écriture, nous cherchons avant tout à faire ressentir au lecteur ce que ces héros oubliés ont éprouvé. C’est un équilibre entre fiction et documentaire, qui s’appuie sur des ressentis de personnages réels.

4) Vous avez écrit « Le déménagement » pour aider les parents à mieux accompagner leurs enfants dans les grands changements de leur vie. Avez-vous vocation à étendre vos écrits dans les thèmes du quotidien ?

Dans notre vie personnelle, nous sommes très engagés sur les sujets sociétaux. David, comme second métier, travaille aussi comme responsable d’une association qui permet aux jeunes sans réseau de trouver des stages. 

Plus que les thèmes du quotidien, ce sont ces sujets qui nous attirent. Notre ouvrage sur l’hébergement d’urgence des familles en hôtel va bientôt paraître aux éditions Bayard. Il est né de notre rencontre avec un groupe de femmes dans cette situation, qui nous ont confié leur histoire, et leurs maux.

Nous travaillons aussi sur la collection « Mes p’titesquestions », et préparons un titre sur la Révolution française. On veut justement traiter cette période à travers le prisme de l’engagement, et des évolutions sociales qu’elle a engendrées.


5) Selon vous, en matière de pédagogie et d’éducation faut-il laisser un enfant s’intéresser de lui-même à la science ou faut-il lui transmettre ces notions dès le plus jeune âge ? Comment ?

L’enfant s’intéresse naturellement au monde qui l’entoure. Lorsqu’il découvre un phénomène pour la première fois, il est estomaqué. Il nous arrive de présenter des expériences aux enfants en milieu scolaire. A chaque fois, la décomposition de la lumière dans un prisme, ou la craie qui révèle un rayon laser, écarquille les yeux de tous. L’éducateur n’a alors plus qu’à utiliser ce choc de la découverte comme un terreau de la connaissance.

Mais attention, il faut aussi rassurer les parents, et les instituteur·rices. Personne ne leur demande de savoir tout sur tout ! Et c’est là que les ouvrages de vulgarisation scientifique arrivent en renfort : pour donner les mots justes aux adultesafin de transmettre.

6) Quel rôle peut jouer la littérature dans la science et la science dans la littérature ?

Selon nous, l’opposition entre les matheux et les littéraires est factice, c’est une construction du système scolaire, qui s’est ancrée dans l’imaginaire collectif. En réalité, la démarche scientifique et la démarche littéraire se ressemblent beaucoup plus qu’on ne le croit. Pour les deux, il faut allier imagination, créativité, rigueur, effort.

Saviez-vous que beaucoup de grandes découvertes scientifiques ont été d’abord imaginées par des artistes ? Edgar Allan Poe est le premier à avoir compris pourquoi la nuit est noire, alors que l’univers est rempli d’innombrables étoiles.

7) Vous êtes également très sensibles aux illustrations et aux sonorités. On peut dire que vos travaux sont, de manière sensorielle, très complets. Est-ce l’une des clés de l’apprentissage chez l’enfant ?

L’euphonie, l’harmonie des sons écrits, est si ludique qu’elle permet de créer une complicité pendant la lecture partagée. Quand la langue se fait musicale, le plaisir est grand et la mémorisation naturelle. En outre, la forme sert le fond car on saisit plus intensément une sensation via une allitération que grâce aux mots ; voyez par exemple le récit du décollage d’Apollo 11 dans Mission Lune : « Les astronautes ne voient rien de la terrifiante éruption de la fusée qui s’arrache de la Terre. ». On imagine bien ce que les astronautes ont ressenti, encore plus en lecture à haute voix !

8) Pouvez-vous nous parler de votre manière de travailler et écrire à deux, avez-vous des rituels, des habitudes ? Comment choisissez-vous les bonnes idées et comment faites-vous pour que cela fonctionne aussi bien ?

D’abord, on prend beaucoup de temps pour lire, voir, s’imprégner, ressentir : c’est à partir des œuvres des autres que nous nous sommes construits une sensibilité commune.

Quand l’un de nous deux a une idée, il la présente à l’autre sans l’avoir trop travaillé et c’est généralement un moment à deux très ludique ! Afin de savoir si cette idée est bonne, on la triture dans tous les sens, on la travaille, on la réinvente : tout ce processus est plus facile à opérer en binôme !

Écrire à deux, c’est la chance de vivre une amitié quotidienne via l’aventure de la création. Cela fait plus de douze ans qu’on connaît cette joie…


9) Vous préparez actuellement deux nouveaux ouvrages. Pouvez-vous nous en dire plus sur la thématique et l’avancée de vos travaux ?

Encore un peu de patience : on annonce ça sur notre compte instagram d’ici peu ! Mais vous y avez sans doute déjà lu que le premier sera notre troisième album documentaire illustréaux éditions Milan ; on y contera l’histoire de l’Univers… et vous savez désormais aussi qu’on travaille aussi sur la révolution française en 16 questions (on ne sait décidément pas garder les secrets…).

10) Ou pouvons nous vous suivre et découvrir vos ouvrages?

Retrouvez-nous sur notre compte instagram ici :

https://www.instagram.com/davidmarchand.guillaumeprevot/

Et sur notre site internet ici : 

https://www.davidetguillaume.fr/

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